Le procès

En 1952, la justice intervient car le maître luthier et commerçant bernois Henry Werro est accusé de pratiques commerciales illicites. Werro est placé en garde à vue pendant deux semaines, tandis que des documents commerciaux et un total de 19 instruments sont mis sous séquestre. 

En 1958, un procès fort suivi s’achève à la Cour d’assises du canton de Berne. Henry Werro est accusé de 23 cas de falsification de certificat, et d’un cas de coercition. Les accusations de tromperie portent pour la plupart sur la vente d’instruments faussement déclarés au-delà de leur valeur réelle. Dans bien des cas, Werro a pourtant vendu les instruments avec les certificats provenant d’experts internationalement reconnus. L’affaire fait sensation, et occupera les autorités en charge de l’enquête, ainsi que le tribunal, six ans durant. 

Les témoins cités à comparaître ne sont pas seulement des victimes supposées: la défense demande également à des experts célèbres et reconnus dans le monde entier, p. ex. à Albert Phillip Hill (Londres) ou à Emil Herrmann (New York) de venir à la barre. Le procès se transforme alors en une épreuve de force entre experts,

et la justice est en proie à un dilemme. Elle doit confier l’attribution des instruments anciens à des experts compétents et impartiaux, mais certains de ceux qui interviennent entretiennent en même temps des partenariats commerciaux avec l’accusé. D’autres experts sont donc mandatés par la cour, dont des vendeurs suisses de violons renommés à cette époque, et le légiste de la police de Zurich, le docteur Max Frei-Sulzer. De la même manière, ses expertises ne sont pas reconnues par la défense. 

Depuis peu, Max Frei-Sulzer effectue des analyses scientifiques à l’aide de la fluorescence ultraviolette des surfaces d’anciens violons. 

Quelques-uns des rapports d’expertise présentés lors du procès, ainsi que des constatations prétendument scientifiques issues de l’«analyse de la luminescence» du docteur Frei-Sulzer se sont révélées peu utiles et en partie erronés.

Sur la base des dossiers du procès, le tribunal s’efforce d’évaluer à leur juste valeur les expertises différentes et contradictoires dans le cadre d’une procédure fastidieuse.

Finalement, Henry Werro sera reconnu coupable de deux cas d’escroquerie et de 12 cas de falsification de certificats, pour lesquels il sera condamné à une année de prison avec sursis.